Du 17 au 20 juin 2022, j’ai réalisé un doux rêve qui trottait depuis longtemps dans ma ptite tête, celui de réaliser l’ascension du Mont Toubkal, le sommet du nord de l’Afrique.
J’ai toujours eu un rapport particulier avec la montagne. Hiver comme été, j’aime me retrouver dans sa grandeur et contempler l’horizon infini. Je me sens infiniment petite face à l’immensité de la montagne, cela me rappelle à quel point nous sommes insignifiants. Le monde actuel peut avoir tendance à nous faire croire le contraire.
Ce fût une expérience extraordinaire que j’ai réalisée avec mon mari et un couple d’amis. Nous avons été accompagnés par un guide d’exception Anass sans qui l’expérience n’aurait pas été aussi magique!
La préparation à l’ascension du Toubkal
A vrai dire, la préparation a été assez rudimentaire. En tant que runners, nous avons estimé que nous avions la condition physique suffisante. Avec le recul, j’aurais personnellement mieux préparé cette expédition. J’en parle après.
La prépa logistique
Nous avons souhaité partir à la fin du printemps / début été pour retrouver des températures plus clémentes. Le mois de Juin était parfait.
Nous avions réservé les billets d’avion 3 mois en avance, environ 250€ AR Paris Marrakech avec la RAM du 17 au 20 Juin.
L’ascension à proprement parler tient sur 2 jours:
- J1: Imlil (1800m) – Refuge (3200m): 12 km de marche
- J2: Refuge – sommet du Toubkal (4167m): 4-5km puis retour à Imlil
Nous avions identifié une agence pour réaliser notre trek avec guide. Mais cette agence nous a fait faux bond 1 mois avant! Nous avons pu retrouver un guide assez rapidement grâce à des contacts que nous avons sur place. Et franchement je pense qu’on a largement gagné au change, car en plus d’avoir un super guide pour nous 4, nous avions un prix défiant toute concurrence (je laisse Anass vous communiquer ses tarifs si vous êtes intéressés). Dans le forfait, étaient compris:
- Transfert Marrakech – Imlil
- Déjeuner – Diner – Nuit et petit déj au gîte Dar Mizik
- Déjeuner – Diner – Nuit et petit déj au refuge du CAF
- Déjeuner au gîte Dar Mizik
- Un muletier qui a transporté nos affaires au refuge
- Transfert Imlil – Marrakech
- La présence du guide sur les 3 jours.
Nous avions réservé une dernière nuit complémentaire dans un riad confortable de Marrakech avant de repartir en France le lendemain.
L’ascension peut donc tenir sur 4 jours en partant de France.
La prépa technique

Le plus difficile pour moi a été d’appréhender la météo et les températures. J’ai scruté pleins de photos sur le web pour anticiper les tenues à apporter.
En bref, j’avais compris que J1 c’était été ☀ et J2 hiver ❄
Qui dit montagne, dit équipement technique!
Voici la liste de ce qu’on a embarqué avec nous:
- Sac de voyage
- Un pantalon type Gore-tex (acheté chez Decat )
- Tee-shirts techniques
- chaussures de randonnée
- De bonnes chaussettes
- Anorak mi-saison
- Polaire
- Bonnet et gants
- Cache-cou
- Casquette
- lunettes de soleil
- Crème solaire
- Baume à lèvres
- Un sac à dos de randonnée (j’insiste avec ceinture, cela soulage le dos)
- Flasques pour l’hydratation
- Barres céréalières
- Une petite trousse de secours (prévoir de la crème pour les bleus!)
- Chargeur externe pour les téléphone et montres,… (très peu de prises disponibles au refuge)
Cela parait beaucoup mais chaque élément a son utilité, vraiment!
Nous voici prêts à partir!
J1 – Arrivée à Imlil – point de départ de l’ascension du Toubkal
Nous avons pris l’avion assez tôt (7h30 du mat’). Nous atterrissons à 9h30 environs à Marrakech
Anass est venu nous chercher direct à l’aéroport. Nous pensions avoir le temps de faire un peu de tourisme dans Marrakech mais Anass préfère nous amener directement à Imlil pour permettre aux corps de s’acclimater. Ce sera un peu son crédo, partir tôt pour arriver tôt pour pouvoir s’acclimater et ainsi éviter le mal des montagnes.
Un mini bus nous attend, Direction Imlil à 70km de Marrakech (1h15 de route)
Arrivés au gîte « Dar Mizik », un couscous est prévu en ce vendredi.






Quel plaisir de retrouver ces couleurs du Maroc! Imlil est un petit village perché à 1800m. La vallée est verdoyante et jonchée par des vergers.
Après déjeuner et une après-midi reposante, Anass nous propose une « petite » balade (une manière de tester nos chaussures neuves, erreur de débutant!)
D’après lui mes chaussures étaient très bien pour l’alpinisme mais trop rigides pour notre expédition. Il me garantit des ampoules lors de la descente. C’était ma principale crainte car je trouvais la pointure un peu juste.
Nous partons pour une balade de 7 kms dans les 3 villages qui vivent dans la Vallée.
J’ai trouvé la balade plutôt costaude, ça annonçait la couleur pour le lendemain.
Nous clôturons la journée avec un diner copieux à 21h: harira et un succulent tagine poulet légumes
J2 – Direction le Refuge du Toubkal
7h: petit-déj copieux
7h30: départ
La veille nous avons préparé un sac allégé à emporter au refuge. (notre gros sac est resté au gîte)
C’est le muletier qui ramène nos affaires.


Pour la marche, on embarque notre sac à dos avec 2 litres d’eau, des barres céréalières et un coupe-vent au cas où.
Le déjeuner est prévu au refuge.
Anass prévoit 5h de marche. Il nous dit qu’il est préférable d’arriver tôt pour permettre au corps de s’acclimater. Le refuge est à 3200m.
Cette première journée s’apparente à un long trek. Le paysage est magnifique et atténue la pénibilité du trajet. Beaucoup de cailloux, du dénivelé… Nous sommes souvent dépassés par des mules.





Nous faisons très peu de pauses. Anass choisit soigneusement les moments et lieux de pause. Il sait qu’il peut être très difficile de redémarrer après un arrêt. Il évite de s’arrêter juste avant un passage technique. Quand il constate que l’allure est bonne, il ne s’arrête pas. On fait quelques pauses hydratation. On aura le droit à une pause bien méritée avec un bon jus d’orange frais.


On passe plusieurs terrasses où il est possible de boire et manger. On passe par Chamarouche, un lieu de pélerinage très fréquenté par les marocains.
Au bout de 4h30, le refuge pointe le bout de son nez. On y parvient 5 h pile après notre départ.

Nous séjournons au refuge du CAF (Club Alpin Français):
- 100 Dhs la nuit pour les membres du clubs
- 170 Dhs pour les autres
Sur le site il est aussi possible de séjourner au refuge des Mouflons ou aussi bivouaquer sur la terrasse des Mouflons.
Dans notre refuge, il y a 150 places en dortoir.
Nous arrivons parmi les premiers trekkeurs, nous avons le choix des lits.
Nous déjeunons bien: tagine, lentilles, pâtes, melon, thé
L’après-midi est dédiée au repos. On profite de cette parenthèse hors du temps pour discuter de tout et de rien (la culture marocaine et ses paradoxes, la qualité de l’alimentation,…). Slow life, tout ce que j’apprécie.
Une cascade d’eau glacée se trouve à proximité du refuge, cela permet de faire une petite cryothérapie après cette journée de marche. Certains campeurs profitent de l’endroit pour faire leur toilette.



Au refuge, le confort est spartiate mais suffisant pour le temps passé. Il y a 3 douches disponibles, 3 toilettes et des lavabos.
Après avoir bien mangé, nous nous sommes couchés vers 20h30 car le réveil était prévu à 3h30.
Je me suis couchée dans mon sac de couchage quasi habillée prête pour le lendemain.


Par contre nous avons très peu dormi. Nous étions 15 personnes dans notre chambre. Certaines ronflaient. Beaucoup d’allées et venues avec une porte qui était bruyante.
Je n’ai pas le sentiment d’avoir dormi mais plutôt somnolé.
J3 – Ascension au sommet du Toubkal
L’ascension du Toubkal
Réveil prévu à 3h30 pour ptit déj à 4h et départ à 4h30.
Dès le réveil, je vois déjà de nombreuses personnes prêtes pour le départ. Anass me montre par la fenêtre une file indienne illuminée dans les hauteurs. Je prends conscience que cela va être notre tour.
En termes d’équipement, je suis partie beaucoup trop habillée:
- tee-shirt technique
- polaire technique de running
- veste polaire
- anorak
4h30: prêts pour le départ, frontales allumées
C’est la nuit noire et le début de l’aventure.
Nous avons très peu de visibilité. Anass ouvre la marche. Le premier kilomètre est technique, on escalade des rochers et ça grimpe vite.

J’ai très vite chaud et commence à être en nage. Je retire la première couche assez tôt.
Anass avance lentement mais sûrement. La marche est très régulière, l’effort constant, le cardio est sollicité. Mais d’après Anass, l’allure est bonne.
On dépassera de nombreuses personnes peut-être parties trop vite. Des personnes s’arrêtent souvent, et je me demande comment elles arriveront au sommet à cette allure.
Le ciel s’éclaircit progressivement. Je comprends qu’on arrivera pas au sommet pour admirer les premiers rayons de soleil. Plus on monte, plus le paysage devient lunaire.



On rejoint d’autres personnes, on approche du sommet. Nous avançons tous à petits pas dans un effort ultime au sommet tels des bébés tortues qui luttent pour atteindre la mer.
On voit la pointe symbolisant le sommet, quelle joie!!
Arrivée à 7h40, soit 3 heures d’ascension
La vue est somptueuse, la lumière envoutante, je ne veux pas quitter les lieux.


Soudainement mes mains sont très douloureuses, attaquées par le froid.
Je porte pourtant des gants de running, et cela n’arrive qu’à moi. Il faudra 5 bonnes minutes pour retrouver l’usage de mes mains
La descente du Toubkal
Anass nous propose de faire la descente côté face Nord et de faire par la même occasion un 2ème sommet: le Mont Tibherine (ou le sommet au moteur d’avion).

On accepte avec joie cette nouvelle escapade sans se douter de ce qui nous attendait.
Dès le début de la descente, on se rend compte que le sol est très glissant. A ce moment là je suis très heureuse d’avoir des chaussures bien adhérentes. Je chute moins que mes camarades.
Le sol est sablonneux avec plein de petits cailloux. Anass nous dit « les images resteront dans la tête » car la descente demande un tel niveau de concentration qu’on ne peut pas se permettre de distraction ou de faux pas.
Nous sommes les seuls à emprunter ce chemin, et c’est bien agréable de se retrouver imergés dans cette nature. Profiter de ce silence et kiffer chaque instant. Je sais que je vis une expérience incroyable et j’essaie de n’en perdre aucune miette.
On arrive enfin à notre 2ème sommet. Un moteur d’avion y est perché. Anass nous raconte son histoire. Un avion cargo venant du Portugal à destination de la Republique du Biafra (un pays de l’Afrique de l’Ouest) a heurté le sommet en 1969. Il transportait des munitions.
Aujourd’hui on trouve des débris qui jonchent cette face de la montagne.

On reprend notre descente, l’objectif est de retomber sur le chemin qui nous ramène à Imlil. Ce parcours était une belle balade avec des tronçons très techniques. Mais mes genoux ont commencé à me faire mal. La descente étant de plus en plus pentue, la douleur étant crescendo. J’essaie de la contenir. Le dernier tronçon de cette descente interminable était le plus pentu et le plus technique.
Anass nous propose de la descendre en courant et prendre du plaisir « c’est rigolo » nous a t’il dit.
Pour ma part impossible de courir. J’étais tétanisée par la peur. Cela me rappelait mes frayeurs du ski. Mais je savais que je n’avais pas d’alternative et qu’il fallait le faire. J’ai choisi la technique des petits pas, mais je pense qu’en revanche cela n’a fait qu’accentuer la douleur. Au lieu de descendre fluidement avec des muscles détendus, j’ai fait subir trop d’accoups aux genoux.

Nous arrivons enfin sur l' »autoroute », enfin le chemin de tout le monde. Lorsqu’on se retourne sur le chemin parcouru, on comprend mieux notre douleur et l’exploit accompli! Une belle fierté avec le recul.
Mais à ce moment là, il reste encore 10 kms à marcher jusqu’à Imlil et mes genoux sont littéralement cassés. Anass me conseille d’essayer ma paire de sneakers pour le retour. Niveau confort c’était génial, mais la semelle étant tellement lisse, je glissais et chutais constamment.
Anass, Nadia et Loic prennent de l’avance, je marche à mon allure et souffre intérieurement.
Je suis omnubilée par la douleur et passe à côté des magnifiques panoramas que nous offre la vallée.

Ce retour me parait interminable, sur la fin je finis par craquer et lâcher des larmes. Jamais je ne me suis sentie dans pareille situation. J’ai séché mes larmes et enduré les derniers kilomètres.
Nous avons pris du retard sur le plan. Une voiture viendra nous chercher à l’entrée du parc national du Toubkal. Quel soulagement de monter en voiture.
Sur le plat j’ai retrouvé pleine mobilité.
Au gite, un bon petit tagine réconfortant nous attend avant de retrouver le confort d’un riad à Marrakech.

On est fier de notre exploit!
Cette descente aura été la surprise de cette aventure.
Leçons et conseils du trek du Toubkal
Tu m’as lue jusque là, et tu as envie de réaliser cette ascension? T es à l’affût de tous conseils pour que cela se passe au mieux?
Lis bien ce qui suit.
1. Se préparer physiquement
L’ascension demande un réel effort physique. Si tu ne pratiques pas d’activité sportive alors il est temps de t’y mettre. Peut-êre que tu seras capable de faire cette ascension sans prépa mais à quelles conditions? L’idée est de ne pas se dégouter de la rando et surtout de prendre du plaisir.
Go travailler ton cardio avec du run ou du vélo. Et travaille aussi le dénivelé!
Je regrette de ne pas avoir testé la randonnée avec beaucoup de dénivelé avant, cela m’aurait permis d’identifier mes faiblesses au niveau des genoux. C’est assez dommage de le découvrir sur place.
Je m’en suis voulue parcequ’en running, je suis toujours une prépa scrupuleusement pour arriver au meilleur de ma forme le jour J. J’ai sous-estimé la marche, j’ai cru que c’était acquis en tant que runneuse.
2. Tester son matériel
Idem que la prépa physique, on teste tout son matériel avant le grand départ. On teste les chaussures et le textile comme en running. Jamais on ne se présente en compétition avec des chaussures neuves en running. J’ai fait exactement le contraire. Un collègue m’a proposé de me prêter ses chaussures de pro pour la randonnée, j’ai dit oui sans hésiter. Grosse erreur de débutant car c’est un énorme risque.
Les chaussures restent l’équipement le plus important de cette ascension du Toubkal, on a pas le droit à l’erreur.
Pour le sac à dos, prendre du matériel de rando avec ceinture. J’étais partie avec un sac à dos classique, le poids sur les épaules ont créé des douleurs au niveau des cervicales. C’est une zone sensible chez moi. J’ai échangé de sac avec mon mari, j’ai immédiatement ressenti la différence. Le poids est beaucoup mieux équilibré.
3. Prévoir des genouillères
Compte tenu du risque accru de douleurs lors des descentes de montagne, il est prudent de prévoir des genouillères. J’avais prévu d’en amener mais j’avais pris le sujet à la légère en espérant ne pas être concernée et j’ai fini par les oublier.
4. Inutile de trop se couvrir
Dès le début de l’ascension je transpirais à grosses gouttes.
En Juin, il n’est pas utile de s’équiper tel que je l’ai fait. Je recommanderais:
- 1 tee-shirt technique
- 1 épaisseur polaire
- 1 coupe-vent
- 1 bonnet + gants
Inutile d’ajouter une épaisseur sous le pantalon également, j’avais beaucoup hésité avant d’y renoncer.
5. Partir en petit groupe (et pas à 15)
L’une des clés de la réussite de cette expérience, c’est notre groupe.
Etre en petit comité entre amis, c’est la quasi assurance que cela se passera bien.
Nous avions un niveau à peu près homogène, et ça c’est important pour éviter les frustrations.
L’ambiance était bonne.
Je suis certaine que cela aurait été différent dans un grand groupe. Moins de flexibilité, je ne pense pas qu’on aurait pu avoir l’opportunité de faire la descente par la face Nord.
6. Bien choisir son guide
Nous avons eu la chance d’avoir un super guide.
Dynamique, sportif, sociable et cultivé, c’était top de l’avoir comme guide. En fait on a eu l’impression qu’on était avec un pote tout le temps. Il a su s’adapter à nos attentes et à notre niveau. Il connait très bien la montagne et ses dangers. Et 2 bonus:
- il a une formation de secouriste en haute montagne, ce qui était très rassurant pour nous
- il est photographe de formation, du coup on a eu de supers images grâce à lui
Nous avons vu des guides qui traçaient leur route, les marcheurs avaient intérêt à suivre. D’autres n’avaient pas adapté la bonne technique lors de l’ascension.
Encore un grand merci à Anass pour son professionnalisme!
Pour conclure, l’ascension du Toubkal n’est pas à prendre à la légère.
J’ai toujours entendu que c’était une longue randonnée, ce qui explique que j’ai sous-estimé l’effort à fournir. C’est une expérience de folie, en harmonie avec la nature, en connexion avec soi-même. Je suis clairement sortie de ma zone de confort. En définitive, je suis heureuse d’avoir accompli ce challenge, et souhaite en accomplir encore tellement d’autres!
Biz
Sihame


